
Surement que dans certaine culture, l’inconnu, celui que l’on croise, n’est pas spontanément ressenti comme une menace. Sans doute, dans certaines villes ou villages, dans certaine époques, la rencontre ou le croisement de deux inconnus emportent les deux êtres dans un état de rencontre et de soulagement.
Quand je croise quelqu’un dans la campane ou semi-campagne, lors d’une promenade en solitaire, j’ai toujours l’impression de vivre une lente montée de malaise, qui prend son sommet au ‘bonjour’ que j’accompagne souvent d’un essai de sourire bienveillant. Quand je vois au loin la menace d’un inconnu, tout en moi se met en branle :
Respirer à plein poumons, chasser ces songe qui remplissait la solitude de ma marche, me secouer un peu la tête… Je me prépare à la rencontre. Ou alors, je regarde la situation autrement, je sors de mes songes, je me situe dans l’espace, je me fais un compte rendu rapide et sans jugement de la situation : Je suis un passant, un marcheur qui profite de la présence de chemins et de routes agréables pour prendre l’air, pour bouger et je croise un autre humain qui semble faire la même chose. Donc apparemment, pas de quoi se méfier, je marche et c’est tout. Le bonjour est alors un peu plus vivant, il est enraciné dans la réalité. Je prend alors un peu le temps de regarder la personne, d’avoir un contact visuel précédant le mot de courtoisie.
Ces inquiétudes, ces méfiances sont sans doute le fruit de quelqu’un qui se sent menacé, vulnérable. Cette méfiance est psychologique, pas physique. Je crains le jugement, pas l’agression. Ça n’a pas de sens de craindre l’agression quand on a ma taille. Et je croise ce jugement souvent par crainte de regarder l’autre. Je crains à le sentir.
Cette gène est sans doute normale. C’est sans doute la gêne d’être vivant, la gêne de ne pas être seul, la gêne d’exister.
Parfois, à la place de la gêne, il y a de la jouissance, de la plénitude, un sentiment gaillard qui vous fait sentir la vie aussi fraiche qu’un matin ensoleillé d’automne. La peur de vivre, est la joie de vivre endormie… Il est temps que je me secoue.










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